Exposition - Œuvrer ! Vers un Art Spirituel - Robert Empain
Du 26 mai au 11 juin 2023, j’aurai la joie de présenter à la Galerie Grâce à Bruxelles un peu plus d’une centaine d’œuvres sur papier de 1972 à 2022. J’espère que cette rétrospective et son catalogue permettront de faire reconnaître au delà du cercle de mes amis et amateurs la singularité, la nécessité, le sens et la cohérence d’une vie et d’une œuvre voulues l’une et l’autre libres et indépendantes de tout système. Le principe initial de cette rétrospective était de retenir deux œuvres par années. En définitive, les œuvres ont plutôt été choisies par décennies et présentées de cette façon dans le catalogue introduit par ce texte liminaire, complété par mes commentaires, une biographie et un texte du philosophe Thierry Berlanda à propos de mon livre Ad Imaginem Dei. Écoutant ce que Kandinsky a nommé la Nécessité intérieure, me souvenant de l’indépendance prescrite au peintre par Cézanne, acceptant la solitude promise au poète par Rainer Maria Rilke, j’ai conquis laborieusement ma liberté et mon indépendance en menant pendant vingt ans une vie à faces multiples : celle d’un art director célébré par le milieu de la publicité, celle d’un artiste éloigné du milieu de l’art officiel marchand et celle d’un poète mystique à la recherche de cet Amour qui nous aima avant la création du monde.
Grand lecteur et grand voyageur, grand écouteur et grand regardeur, étudiant attentif des œuvres de tous les temps et de tous les arts, d’artistes célèbres ou anonymes, je les ai accueillis comme mes compagnons et mes contemporains, et cela depuis mes quinze ans, précisément en décembre 1964 où je me suis trouvé face à des chefs-d’œuvre qui m’apprirent que toute œuvre d’art véritable, quelque soit son époque, son lieu d’origine, la célébrité ou l’anonymat de son auteur, sa valeur historique et marchande, jaillit toujours de l’Esprit et peut ainsi toucher immédiatement, intimement, gratuitement notre esprit et changer profondément notre vie, se faisant alors contemporaine de celui qui la vit en vérité et la rencontre en personne, comme disent les phénoménologues et les poètes. L’essentiel étant toujours de s’exposer aux œuvres, de se donner à elles dans la rencontre pour les laisser agir, toucher notre coeur, travailler notre âme et informer notre esprit. Cette relation intime, ce rapport amoureux avec l’œuvre d’art véritable fait d’elle ce qu’elle doit être : une action de grâce, un verbe, le verbe ŒUVRER conjugué en tous au singulier et au pluriel, à tous les temps et à jamais ! Ainsi, et ainsi seulement, l’œuvre d’art vit, s’incarne et élève notre esprit vers l’Esprit !
Mais l’homme dispose aussi du pouvoir et de la liberté de nier tout cela, d’ignorer le Don de la Vie et la prendre pour lui seul afin d’en jouir égoïstement. Plus encore, l’homme peut voler la vie d’autrui pour l’exploiter, la ruiner, la jeter et l’assassiner en ce monde, ignorant souvent que ce faisant il se tue lui-même spirituellement. L’homme peut encore, pour justifier à ses yeux ses méfaits et ses crimes contre l’Esprit, imaginer que la vie lui vient d’une suite de hasards survenus dans la matière, une matière dont il comprendra un jour le secret afin d’obtenir le pouvoir de se donner éternellement la vie à lui-même et à qui il veut. Le paradoxe de ces hommes qui désirent se faire dieux sans Dieu est de se recevoir d’un Don qu’il ne peuvent nier que par le pouvoir que ce Don leur donne, se reniant ainsi eux-mêmes indéfiniment dans leur refus. C’est là l’enfer du nihilisme et du matérialisme de notre époque qui détruit l’humanité et la nature créée, tout en s’effondrant sous nos yeux. Les sentiments paradoxaux que suscite la refus du Don se nomment vanité et désespoir. Plongé dans le désespoir, l’homme éprouve les sentiments inextricables de mourir de ne pas mourir et de vivre sans vivre pleinement. Touchant le fond de la Vie en l’homme, le désespoir peut s’inverser en béatitude. La vanité est le sentiment qui conduit l’homme au désir immémorial et illusoire de s’emparer de la vie pour lui seul sans la devoir à quiconque.
Cette Personne est en lui pourtant. Son Nom est Esprit. Son Don est de faire chaque homme à son Image, vivant et libre, pour sa Ressemblance en amour. Le Dieu qui aime chacun avant sa venue au monde espère son retour en Lui dans la Joie, au delà de ce monde. Si en introduction à cette rétrospective de cinquante années d’exercices artistiques sur cette Terre, j’ai peint ce fond sombre et contrasté de la condition humaine et de sa vocation divine, c’est pour que s’y dessine plus clairement à vos yeux la ligne que tracent les humbles travaux que j’ai rassemblés pour cette exposition et ce catalogue. Je vous remercie de votre attention.
Robert Empain
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Ouverture 26 mai — 11 juin 2023
Vendredi - samedi - dimanche de 14h30 à 19h00
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